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Épérires

Racines

Figures d'autrefois

Le café Balon, Marie Chouti, le Pape, le tambourineur et le bedeau : ces habitants qui ont fait l'âme du quartier.

Un bedeau à hallebarde, un tambourineur qui annonce la guerre, une vieille dame qui donne du sucre au cheval du voisin, un livreur de charbon surnommé « le Pape »… Chaque quartier a ses personnages. Voici les nôtres, tels que les anciens les ont racontés en 2001 et 2004.

Rassemblement plus large, les hommes du quartier. La mode d'avant-guerre est évidente : bérets, casquettes, bretelles, vestons… Ils ont fière allure. Un…
Rassemblement plus large, les hommes du quartier. La mode d'avant-guerre est évidente : bérets, casquettes, bretelles, vestons… Ils ont fière allure. Un autre dimanche ou une nouvelle fête familiale qui se termine au café Balon. Juste pour s'amuser encore un peu…Album 2004
Devant la porte, à droite, Numa Balon et, à gauche, sa cousine. Numa est la fille du propriétaire. Le café cessera son activité en 1938 pour devenir…
Devant la porte, à droite, Numa Balon et, à gauche, sa cousine. Numa est la fille du propriétaire. Le café cessera son activité en 1938 pour devenir l'épicerie du quartier. L'activité marchande s'interrompt à son tour durant la guerre 40-45 sur ordre des Allemands. Après-guerre, le bâtiment deviendra une « maison de culture » que Numa et son époux, André, exploiteront jusque dans les années 80. Depuis, Numa n'a jamais quitté sa maison.Album 2004

Chez l'Balon

Le café Balon

C'est le café le plus fréquenté, principalement le samedi et le dimanche. On y chante, on y danse au son de l'accordéon. C'est à la fois le lieu de rassemblement des quartiers qui forment les Épérires.

Les bals étant suspendus durant la guerre, ils reprennent à la libération. La petite Numa devient l'épouse Philippart. L'agriculture prend alors sa pleine importance, alors le café ferme ses portes.

« Madame Balon, quand avez-vous arrêté le café ?
Après la guerre. On a rentré des vaches… Et j'aimais bien mieux les vaches ! »

Un couplet en patwa, sur l'air de « On n'a pas tous les jours vingt ans », recueilli auprès de Raymonde Malhage :

On n'a pas tous les jours vingt ans
ça n'arrive qu'une fois seulement…
…Su djou la en mante ch'eu l'Balon
Et en r'dévale in p'tit pô rond
En fout la gâte da l'ménadgi
Et v'la toute la vaisselle brohie
Et la mère dit tristement :
Tu n'aurais jamais pu vingt francs

Livret 2001 ; légendes de l'album 2004.

Une photo de classe des archives des habitants : Marie Fizaine y figure (n° 37), avec 53 camarades nommés un par un.
Une photo de classe des archives des habitants : Marie Fizaine y figure (n° 37), avec 53 camarades nommés un par un.Archives des habitants

Un souvenir de Marie Fizaine

Mémoire des cœurs

Une vraie découverte. Les Épérires : c'est pour moi un pays lointain, inaccessible. Je ne peux qu'imaginer un « pays » pas comme les autres, un immense chemin couturé de secrets. Plusieurs de mes camarades de classe habitent ce quartier inconnu qu'on dit florenvillois.

Josette, la meneuse qui invente des blagues à l'infini, et joue des tours pas bien méchants ; capable de faire rire des pierres. Une vraie chamaillotte. Il y a aussi Octavie, qui est plus grande que toutes les autres. Chez elle, je pressens un cœur gros comme une maison. J'ai alors huit à neuf ans…

Pendant la récréation, elles parlent le patois bien que celui-ci soit interdit. Un certain jeudi matin, Josette fait passer son message : « À la sortie, on ira faire enrager la Marie Chouti. » (À savoir qu'à l'époque l'après-midi de congé hebdomadaire était fixé au jeudi.)

Quelle aubaine, aller aux Épérires ! J'en rêve durant la dernière heure de classe. « Marie, vous êtes encore dans la lune ! », s'écrie la Sœur…

À onze heures trente la bande s'ébranle… Mais oui, c'est un grand « pays », les Épérires. Avec des rues et encore des rues… Josette nous jette en passant : « C'est là que j'habite ». Mon Dieu, je me sens si petite dans ce monde si neuf.

Oh ! La maison de Marie Chouti ! Elle est quasi minuscule, une vraie maisonnette en pain d'épice. Qui attaque ?! Une volée de coups de cartable est envoyée contre sa porte. Quant à moi, je file. Ça recommence et voici que la porte s'ouvre. De loin, je vois une belle vieille dame avec sa « bannette » sur le ventre qui nous crie de sa voix de stentor : « Ah les méchants enfants ! J'irai le dire aux gendarmes. » Ouf ! Elle n'a pas dit qu'elle irait le dire à la chère Sœur. Ce serait pire !

Le chemin du retour me paraît long, long, interminable. De plus, un soleil de plomb me coupe les jambes. À la maison, mes grandes sœurs font la vaisselle. Ma mère m'a regardée : « D'où viens-tu ? Des Épérires. Des Épérires ! Et avec qui ? La Josette. Eh bien maintenant retourne dîner aux Épérires. Ici il n'y a plus rien. »

Après tout, un jour comme aujourd'hui vaut bien la lavette au pot. Et Marie Chouti n'est pas du tout une sorcière, même si on raconte que chez elle, c'est le palais des punaises. D'ailleurs Octavie a dit… Qu'est-ce qu'elle a dit, Octavie ? « On recommencera. Mais plus des trucs comme ça. C'est pas gentil. »

Marie Fizaine, « Mémoire des cœurs », livret 2001.

Mme Nevraumont, dite « La Marie Chouti ».
Mme Nevraumont, dite « La Marie Chouti ».Album 2004

Madame Nevraumont

Marie Chouti et son ami le cheval

Au soir tombant, après une journée remplie, Paul Minet conduit son cheval à l'abreuvoir. Devant la maison de Marie Chouti, madame Nevraumont de son vrai nom, le brave compagnon s'arrête net et attend. Marie apparaît, un sucre à la main, une caresse de l'autre. Son ami savoure, remercie, puis fait demi-tour en claquant ses sabots. Il en est ainsi au fil des jours et des saisons. De vrais amis.

« Choute » (écoute !) : elle avait l'ouïe capricieuse, mais le cœur généreux.

Propos recueillis auprès de Marcel Gérard, rue Nicolaï, livret 2001.

Jules Blaise, de la grande famille Blaise.
Jules Blaise, de la grande famille Blaise.Archives des habitants

Le livreur de charbon

Auguste Blaise, un pape !

Auguste Blaise est ouvrier livreur pour le marchand de charbon Dupont-Goffinet. Il est connu de tout Florenville, voire de toute la contrée. Sa tournure et son poids en imposent, bien qu'il aille avec allure aux côtés du cheval. Sa face ronde et pleine apparaît débonnaire. Sa réplique est aussi vive que la malice de l'œil, plus apparente sous son teint de charbonnier.

Sûrement, il connaît la cave de chaque particulier, et la livraison terminée, il trouve la petite goutte sur la table. Fait-il la loi à sa manière aux Épérires ? En tout cas, c'est un « calotin » qui deviendra conseiller communal. Il parade devant l'harmonie Saint-Éloi, lors des sorties de celle-ci.

Sa famille est nombreuse : Blaise et Malhage. Les petits-enfants seront appelés les « sous-papes ».

Curieusement, son fils aîné, du même prénom, Auguste, toujours dénommé « le Pape », ouvrier au chemin de fer, deviendra conseiller socialiste juste avant la guerre 40-45. Pris comme otage dans les années 1943-44, il sera enfermé à la citadelle de Huy, en compagnie d'Alfred Minguet habitant rue des Épérires. (Sont arrêtés le même jour Fernand Noël, Henri Itlet et le doyen, l'abbé Armand Capon.)

Livret 2001.

« Avis à la population » : Joseph Gosse et son tambour.
« Avis à la population » : Joseph Gosse et son tambour.Album 2004

L'appariteur public

Joseph Gosse, le tambourineur

Depuis les Épérires où il habite, Joseph Gosse sillonne les rues de Florenville chaque fois qu'il est nécessaire de lancer un avis communal à la population.

Le 10 mai 1940, il parcourut le village à plusieurs reprises. « La guerre est déclarée. Obligation pour les soldats de réserve de rejoindre immédiatement… Obligation pour tous les jeunes hommes âgés de seize ans de se présenter à la gendarmerie. »

Enfin, vers midi, un dernier avis à la population, de la part des autorités civiles et militaires : « Florenville étant la proie inévitable de la ligne Maginot, les habitants sont priés d'évacuer. Qu'on se le dise ! »

Devoir accompli, Joseph Gosse remonte les Épérires, le pas lourd et l'amertume au cœur…

Livret 2001.

Denis Féron revient de promenade une cuche (un bâton) sur le vélo. L'allure décontractée, il a provisoirement quitté son austère costume. Denis est bedeau à…
Denis Féron revient de promenade une cuche (un bâton) sur le vélo. L'allure décontractée, il a provisoirement quitté son austère costume. Denis est bedeau à l'église de Florenville. Il veille à ce que chacun suive respectueusement l'office. Pour ce faire, une petite remontrance et voilà les distraits rendus attentifs.Album 2004

Rue Belle-Vue

Denis Féron, le bedeau

Autre personnalité des Épérires, Denis Féron. En bedeau, il parade tous les dimanches et jours de fête à l'église, habillé de sa redingote noire à boutons dorés, le pantalon gansé de rouge. Coiffé du tricorne, il arbore un air terriblement sévère sous son lorgnon.

Sa hallebarde est redoutable, mais elle lui sert surtout d'apparat. De sa pointe, il taraude sans rémission le dos des incorrigibles bavards. Un coup sec sur les dalles et les dormeurs sursautent…

Livret 2001.

La photo date des années quarante. La route, encore empierrée, est entretenue par les services communaux. Jeanine Blaise marche au milieu de la rue…
La photo date des années quarante. La route, encore empierrée, est entretenue par les services communaux. Jeanine Blaise marche au milieu de la rue principale. C'est là qu'habite Jean Hamers, exploitant forestier. Les troncs qu'il débarde sont stockés devant sa porte.Album 2004

Rue des Épérires

Jean-Baptiste Louppe, le tailleur

Jean-Baptiste Louppe habite la haute maison en briques rouges, rue des Épérires. On peut le voir près de sa fenêtre, assis en tailleur sur sa table de couture.

La petite Georgette passe et repasse devant chez lui et vraiment ça l'intrigue. Un jour, elle ne peut s'empêcher de confier à sa mère : « C'est dommage, ce Monsieur Louppe qui n'a plus de jambes ! »

Propos recueillis de Georgette Verdin-Krack, livret 2001.

José Romain, conducteur attitré de l'autocar vicinal.
José Romain, conducteur attitré de l'autocar vicinal.Livret 2001

Rue Belle-Vue

Les Romain, père et fils

Maurice Romain entre vers 1920 aux ateliers de la SNCV, gare de Florenville, et y deviendra chef d'atelier. Son fils José suivra le même chemin et gravira tous les échelons de la SNCV (chevalier de l'ordre de Léopold à l'appui).

À noter : José est né à la Chamaillotte, tout comme sa mère Agnès Schmit. Toute l'histoire du tram racontée par José est sur la page Histoire du quartier.

Propos recueillis de José Romain, livret 2001.

Jean-Baptiste Rausch bat du tambour-casserole. L'instrument est artisanal. Un torchon fixe une louche autour des genoux de Jean-Baptiste. Elle lui sert à…
Jean-Baptiste Rausch bat du tambour-casserole. L'instrument est artisanal. Un torchon fixe une louche autour des genoux de Jean-Baptiste. Elle lui sert à frapper le couvercle pour rythmer le « Berlinguinon ». Cette chanson traditionnelle est entonnée ici à l'occasion de l'anniversaire de ses 50 ans de mariage.Album 2004
La famille Rausch s'est réunie au grand complet pour les 50 ans de mariage de Jean-Baptiste et Lisa. Parents et enfants sont présents devant la maison…
La famille Rausch s'est réunie au grand complet pour les 50 ans de mariage de Jean-Baptiste et Lisa. Parents et enfants sont présents devant la maison familiale, rue Nicolaï. De l'endroit, on surplombe tout Florenville.Album 2004

La famille Rausch

Une pépinière de pompiers

Les premiers volontaires se lèvent aux Épérires. Jean-Baptiste Rausch en devient le tambour. Son frère Auguste et les beaux-frères, Joseph et Gaston Malhage, s'engagent en même temps. Ces derniers deviennent clairons.

Lucien, fils de Jean-Baptiste, y entre à l'âge de quatorze ans, joue le clairon à son tour, ainsi que Marcel Schmit, habitant la Chamaillotte. Lucien sera très vite le meilleur équilibriste. Ses trois frères le rejoignent : Fernand, Gaston et Floribert. Plus tard, son fils Pascal prendra la relève.

Le cercle familial sera complet puisque le beau-père de Lucien, Ernest Blaise, et son fils Louis feront eux aussi partie de la formation.

Et quand Jean-Baptiste fête ses 50 ans de mariage, il bat encore la mesure… sur une casserole. La chanson des pompiers de la Revue 1940 est ici.

Propos recueillis de Lucien Rausch, livret 2001.